L’Épiphanie : une tradition qui se porte toujours bien !
05-01-2009
Par Emmanuel Tresmontant
Depuis 1801, le 6 janvier commémore en Europe l'apparition du Christ aux Rois mages. Par-delà sa signification religieuse, cet événement a donné lieu à diverses traditions populaires selon les pays.
| En France : la galette des rois Apparue en France au Moyen Âge, l'Épiphanie (du grec epiphaneia : apparition) célébrait à l'origine l'adoration du Christ par les trois Rois mages, Melchior, Gaspard et Balthazar, telle qu’elle est relatée dans les Évangiles de Matthieu et de Luc. La galette, confectionnée avec des céréales diverses, était à l'époque pétrie pendant la période des redevances féodales et il était d'usage d'en offrir une à son seigneur. Comme cette fête coïncidait avec les saturnales des Romains qui célébraient le solstice d'hiver pendant sept jours, l'Église au 16e s. la jugea d'inspiration païenne et la condamna. Nos très érudits cardinaux savaient par ailleurs fort bien que la fève dissimulée à l'intérieur de la galette symbolisait les dieux infernaux de la mythologie grecque ! Malgré cela, l'Épiphanie continuait à être fêtée par le peuple. Il fallut donc attendre que Louis XIV l’interdît définitivement, la « galette des rois » constituant rien moins à ses yeux qu’un crime de lèse-majesté, nul autre que lui ne pouvant être déclaré roi ! En 1801 toutefois, le Concordat réhabilita la fête et fixa le jour de l'Épiphanie au 6 janvier. Ce jour n’étant pas férié, elle est souvent reportée au dimanche précédent (comme c’est le cas cette année, le 4 janvier) ou au dimanche suivant. Chargée d’histoire et de symbole, la galette des rois est aujourd’hui une gourmandise qui relie et réconcilie toutes les couches de la société, du plus humble boulanger de village au plus raffiné pâtissier de la capitale ! Simplement feuilletée, à la frangipane, fourrée à la compote de pommes et aux marrons glacés ou encore briochée à la provençale, constellée de fruits confits et parfumée à la fleur d'oranger… Chaque année, il se fabrique plusieurs millions de galettes dans notre pays et la production pourrait même être supérieure car, ainsi que nous le confient plusieurs grands pâtissiers parisiens : "Si l’on écoutait les gens, on ferait de la galette des Rois d'octobre à avril !" En Italie : la fête de la Befana La fête de la Befana, sorcière mythique et laide qui arrive pour chasser les fêtes, reste un rite populaire qui a toujours les faveurs de tous. Dans la nuit du 5 au 6 janvier, la Befana descend dans les cheminées pour déposer de petits cadeaux, surtout des gâteaux et des bonbons, dans les chaussettes pendues dans les cuisines. Autrefois, on prétendait que les enfants sages recevaient des douceurs et les enfants sots du charbon. Le jour de l’Épiphanie, sur les places des villes et des villages, des Befana de fantaisie distribuent des friandises. À Milan a lieu la célèbre "Befana à moto" : des centaines de motards en fête, harnachés et munis de gâteaux et de bonbons, traversent la ville et portent leurs dons aux maisons de retraite. À Recoaro Terme, en Vénétie, on célèbre le Rogo della Stria (bûcher de la sorcière) : des enfants vêtus en lutins accompagnent par les rues, au milieu des chants et des lancers de bonbons, le mannequin de la “Stria” (sorcière) jusqu’à l’endroit où il sera brûlée. Le même jour se déroule l’ancienne course de traîneaux où s’affrontent les différents rioni (quartiers traditionnels) et se tient dans le parc municipal la crèche vivante, spectacle animé de plus de 50 figurants. Cette représentation originale se distingue des autres crèches, généralement immobiles ; elle se termine par un cortège de flambeaux et l’arrivée des Rois Mages. Une buvette offre au public du chocolat chaud et du " vin brûlé " (vin chaud aux épices). Au Royaume-Uni : Twelfth Night Connue au Royaume-Uni sous le nom de Twelfth Night (la douzième nuit après Noël, c'est-à-dire la nuit des rois mages), l’Épiphanie marquait traditionnellement la fin de la période de Noël et la dernière occasion de célébrer des festivités. La bûche de Noël, que l’on allumait le 25 décembre, brûlait jusqu’à l'Épiphanie pour porter bonheur pendant l'année à venir. L’Épiphanie est également le jour où l’on enlève les décorations de Noël. Selon une ancienne croyance, les esprits des arbres vivaient dans le houx et le lierre utilisés pour décorer les maisons pendant cette période. On rapportait ces feuillages dans les maisons pour protéger les esprits des hivers trop froids, sans toutefois oublier de les enlever le jour de l’Épiphanie car on craignait que cela ne retarde le retour du printemps et ne soit synonyme de nouvelles épreuves. Au Moyen Âge, la « fête des fous » avait lieu juste après l’Épiphanie. En guise de plaisanteries, on cachait des oiseaux vivants dans des tourtes creuses pour faire peur aux invités, comme il en est fait référence dans la comptine « Sing A Song of Sixpence ». Le jour de l’Épiphanie, on dégustait traditionnellement un gâteau aux fruits accompagné de bière épicée. Plusieurs choses étaient dissimulées dans ce gâteau : un haricot sec pour le roi, un petit pois pour la reine, un clou de girofle pour le méchant, une brindille pour le fou et un bout de chiffon pour la fille de mauvaise vie. Le jour même de l’Épiphanie, on jouait aussi des pièces de théâtres appelées mummings. On pense que la pièce de Shakespeare, « Twelfth Night or What You Will » doit son nom au fait qu’elle ait été jouée pour la première fois pendant cette fête, en 1601. En Espagne : les Rois mages offrent des cadeaux En Espagne, le 6 janvier commémore la présentation de l’enfant Jésus aux trois Rois mages Melchior, Gaspard et Balthazar. C’est ce jour-là que les enfants reçoivent leurs cadeaux, pour rappeler les présents offerts à l’enfant Jésus par les Rois mages (l’encens, l’or et la myrrhe). Quelques jours avant l’Épiphanie, les enfants envoient une lettre aux Rois mages. Le 5 janvier, de nombreuses villes organisent la Cabalgata ou chevauchée, sorte de défilé dans les rues de la ville au cours duquel les Rois mages montrent aux enfants les cadeaux qu’ils leurs offriront durant la nuit. Les Rois mages se déplacent à dos de chameau et, au cours de cette longue nuit de distribution des cadeaux, ils devront s’alimenter et boire. En plus de la chaussure laissée par chaque membre de la famille pour recevoir un cadeau, il faut donc également veiller à leur préparer un peu d’eau et de nourriture. Le 6 janvier, on déguste le roscon des Rois, sorte de brioche sucrée ornée de fruits confits qui peut renfermer un ou plusieurs petits cadeaux et une fève. Selon la tradition, celui qui aura la fève devra payer le roscon l’année suivante. En Allemagne : la tradition du « chant des trois rois » Le 6 janvier, plus de 500 000 enfants et jeunes, habillés en rois mages et porteurs d’une étoile, vont de porte en porte. Ils entonnent un cantique ou récitent un poème et récoltent de l’argent et des dons pour les pauvres et les défavorisés. Ils écrivent ensuite, avec une craie bénite, les initiales des trois rois mages sur la porte ou sur le mur à proximité : cette bénédiction divine protège la maison et ses habitants du malheur. Aux Pays-Bas et en Flandres : les Rois mages frappent aux portes en chantant Le 6 janvier, les enfants du sud des Pays-Bas et de Flandre frappent aux portes des maisons ; par petits groupes de 3, ils chantent leur chanson, déguisés en Rois. Ils sont récompensés par de la petite monnaie ou des bonbons. Tard dans l’après-midi, lorsque le jour décline, les enfants revêtent un costume royal ; ils portent des couronnes qu’ils ont réalisées eux-mêmes et le plus souvent, l’un d’entre eux est grimé en Balthazar. Leur étoile ou lampion illuminé fait référence à l’étoile que les 3 rois mages suivirent après la naissance de Jésus. Une fête de charité médiévale Selon le journaliste Paul Spapens (spécialisé dans la culture populaire néerlandaise et flamande), cette tradition remonte au Moyen Âge : le jour des Rois mages, les habitants pauvres étaient autorisés à passer devant les maisons pour recevoir quelques victuailles supplémentaires ; ils chantaient alors une chanson de charité que les enfants chantonnent encore aujourd’hui : "Rois Mages, Rois Mages Donne-moi un nouveau chapeau, Mon ancien est usé, Ma mère ne doit pas l’apprendre, Mon père a mis de l’argent Sur le comptoir."* À Den Bosch, les employés municipaux participaient, le 6 janvier, à une cérémonie donnée à la mairie au cours de laquelle le magistrat leur offrait un nouveau chapeau. Concours de chant et entrée festive Ce n’est qu’au milieu du 19ème siècle que le jour des Rois mages devint une fête pour enfants. Différentes villes honorent encore cette date en organisant des compétitions dans lesquelles concourent les rois les mieux vêtus et les meilleurs chanteurs. À Tilburg, la première compétition des Rois mages fut organisée en l’honneur de la princesse Juliana et du prince Bernard, qui se marièrent le jour suivant, le 7 janvier 1937. Den Bosch organise toujours, aux alentours du 6 janvier, l’entrée des Rois mages. Juchés sur des chameaux, ils sont accueillis par des bergers et des bergères, le corps des archers médiévaux et une centaine d’enfants portant de petits lampions. Le cortège, complété par des moutons, un chien de berger et des chevaux arabes, parade sous une volée de cloches depuis le marché vers la basilique Sint Jan, où la fête commence. *Il s’agit en fait d’une chanson satirique du 17ème siècle. |