Graz, capitale baroque de l'Autriche Par Georges RouzeauDes églises baroques, des palais Renaissance, des venelles moyenâgeuses, des cours à arcades, des glaciers, des pâtissiers, des bars à vins, des trattorie et des weinstubs, des clubs de jazz et un opéra, des parcs, de la musique partout, une maison des arts high-tech... N'en jetez plus ! Telle est la ville de Graz, située à 200 km au sud de Vienne, aux frontières de la Hongrie, de la Croatie, de la Slovénie et de l'Italie... Délicieusement méridionale, elle tire de cette situation privilégiée, aux portes des Balkans, une joie de vivre et un raffinement qu'on ne soupçonne guère par chez nous.
©DRGraz a connu des périodes fastes au cours de son histoire et son patrimoine architectural en administre une preuve irréfutable à chaque coin de rue. Dès le 12e s., la ville joue un rôle décisif de carrefour commercial entre l'Italie et la Hongrie. Transformée en place forte, elle affronte pendant deux siècles les innombrables invasions turques et, plus tard, les assauts de Napoléon. En 1452, Frédéric III, couronné empereur du Saint Empire romain germanique, fait de Graz sa résidence impériale. En pleine Renaissance, sa cour devient l'une des plus fastueuses et les nobles rivalisent dans l'édification de somptueux palais décorés avec mestria par les stucateurs italiens. Enfin, entre 1564 et 1620, Graz devient la capitale prestigieuse d'un vaste empire appelé Autriche intérieure. Ce bastion de la chrétienté va également défendre, aidé par son collège jésuite, le programme culturel et religieux de la Contre-Réforme d'où la prépondérance architecturale du baroque. Voilà pour les quelques références historiques indispensables...   Maintenant rendez-vous sur la Hauptplatz piétonne (comme tout le centre historique), traversée par deux lignes de tramway. De petites échoppes permettent de se restaurer debout d'une bruschetta, d'un falafel bio, d'une part de pizza ou de boire un espresso qui a le même goût - ô miracle - que son homologue italien ! Après tout, Trieste, qui a appartenu à l'empire austro-hongrois jusqu'en 1919, n'est qu'à 200 km à vol d'oiseau... Tout autour de la place, quelques belles maisons crépies de rose, de vert et de bleu des 17e, 18e et 19e s. À l'angle de la Sporgasse, ne manquez pas d'admirer la maison Luegg décorée de stucs du 17è s. L'énorme hôtel de ville a été reconstruit en 1893 dans le style néogothique à la place d'un palais Renaissance. Au centre trône une imposante fontaine en bronze dédiée à l'archiduc Jean, un prince styrien ami des arts, des sciences et des techniques qui a laissé un excellent souvenir à ses sujets, nous apprend un vieux monsieur. C'est le moment de dire combien les habitants de Graz sont serviables, allant même jusqu'à vous prendre par la main pour vous mettre sur le bon chemin... La Hauptplatz est dominée par le monument emblématique de Graz, la Uhrturm, la tour de l'Horloge plantée depuis cinq siècles sur un éperon rocheux et boisé, le Schlossberg.   © G. Rouzeau / ViaMichelin Les trois étages d'arcades de la cour du Landhaus. De là, nous gagnons la Herrengasse (la rue des Seigneurs en français) : c'est là que les nobles avaient construit leurs palais pour être le plus près possible du Landhaus. Quand on pénètre dans l'ancien siège de la Diète de Styrie, c'est comme si toute l'Italie affluait dans ce palais Renaissance construit par Domenico dell'Allio. La cour est célèbre pour ses trois étages d'arcades et son puits surmonté d'une coupole en bronze extraordinairement travaillée... De nombreuses manifestations, musicales notamment, ont pour cadre ce lieu enchanteur.
Autre célébrité, le Zeughaus de Graz est un énorme arsenal construit en 1642 et maintenu jusqu'à aujourd'hui dans son état d'origine. Cet édifice massif, qui jouxte le Landhaus, contient la plus grande collection d'armes et d'armures au monde (remarquez le beau portail encadré des statues de Mars et de Minerve). Ce qui vous attend à l'intérieur dépasse l'imagination : 32 000 pistolets, hallebardes, mousquets, armures et cuirasses pour chevaux, soigneusement rangés sur leurs étagères en bois. Ils ont été fabriqués par des forgerons styriens pour tenir la dragée haute aux Ottomans qui envahissaient régulièrement cette région après la chute de Constantinople en 1453. Les soldats, parfois de simples paysans recrutés par le prince, venaient dans cet arsenal pour essayer une cote de maille à leur taille, un casque à leur tête et emprunter une lance à restituer, propre, après usage...
En sortant du Zeughaus, on tombe naturellement face à la Stadtpfarrkirche zum Heiligen Blut (l'église paroissiale du Précieux Sang de Jésus) dont le clocher est des plus photogéniques. Un peu plus loin au bout de la Herrengasse, on aperçoit sur la place Am Eiserner Tor la colonne de la Vierge Marie (Mariensäule). En cette année culturelle 2003, elle est accompagnée d'un ascenseur en verre créée par l'artiste Richard Kriesche qui a un succès fou. Cette colonne fétiche des Grazois a été édifiée en 1664 d'après les dessins de l'architecte Domenico Sciassia pour commémorer une victoire sur les Ottomans.
On revient sur ses pas pour emprunter la Stempfergasse (du nom du premier maire de Graz au 16e s.), une rue branchée où se sont établis de nombreuses boutiques de vêtements et des cabinets d'architecture et de design. Un crochet à gauche et vous voilà sur la Glockenspielplatz, au pied d'une autre attraction fameuse à Graz. Depuis 1905, à 11h, 15h et 18h, un couple styrien en costume traditionnel sort d'un clocher néogothique et danse au son des carillons. Cette icône kitsch forme avec la Mehlplatz (située à deux pas) et la Färberplatz le fameux triangle des Bermudes des cafés branchés de Graz. Le mobilier de terrasses et les luminaires design rivalisent d'élégance.  Le mausolée de Frédéric II, morceau de bravoure maniériste construit par l'Italien Pietro de Pomis. © G. Rouzeau / ViaMichelinÀ droite de la Glockenspielplatz, la rue Abraham-a-Santa-Clara-Gasse mène au collège jésuite, dont les proportions grandioses en font le premier du monde germanique. Au bout d'une volée de marches qui ménage une contre-plongée très spectaculaire, voici le mausolée de Frédéric II. Le faste et la théâtralité de ce morceau de bravoure maniériste construit par l'Italien Pietro de Pomis rappelle les plus belles églises romaines... Quant aux autels, aux décorations en stuc et aux fresques qui ornent les coupoles, on les doit au génial Johann Bernhard Fischer von Erlach (né à Graz en 1656), le plus grand architecte autrichien du baroque, qui fit ici ses débuts avant d'aller briller à Vienne...
À côté, la Domkirche (la cathédrale) est un édifice gothique tombé entre les mains des Jésuites qui en firent le centre de la Contre-Réforme à Graz. Avant d'entrer, jetez un coup d'oeil à un reste de fresque commémorant l'année 1480. Peste, sauterelles, Ottomans : tel fut l'effroyable quotidien des habitants de Graz cette année-là. À l'intérieur, au milieu de nombreuses splendeurs baroques (chaire sculptée, confessionnaux en marqueterie, pavage polychrome, autel croulant sous le stuc), vous serez subjugués par deux anciens coffres de mariage en ébène, plaqués d'os et d'ivoire, transformés en reliquaires. Ils sortent d'un atelier d'Andrea Mantegna.
À quelques pas de là, le Treppenturm est le seul vestige de l'ancienne résidence de Frédéric III. Cet escalier gothique en colimaçon qui se dédouble autour de deux axes à partir du premier étage est une véritable prouesse architecturale. Si vous êtes deux, partez chacun d'un côté et vous comprendrez pourquoi les Grazois le surnomment l'escalier du baiser... Dans la Hofgasse, remarquez l'ancienne boulangerie impériale de la cour (la Hofbäckerei) dont la façade en chêne et en châtaignier a été refaite au 19e s..
Il faudrait maintenant un livre entier pour venir à bout des richesses de la Sporgasse dont le tracé remonte, dit-on, à la nuit des temps. Dans cette même rue cohabitent les palais gothiques (comme celui qui appartint à l'ordre des chevaliers teutoniques), Renaissance, baroques et même Sezessionstil (Art Nouveau) au numéro 3. Et comme partout à Graz, c'est également une rue commerçante pimpante où les terrasses de café descendent vers la Hauptplatz.
Il vous faut tourner le dos à la Hauptplatz pour aborder l'ascension d'un site enchanteur, le Schlossberg, une colline boisée qui fit office de forteresse pendant des siècles... Trop fatigué ? Prenez alors le funiculaire au nord de la Sackstrasse, ou le superbe ascenseur de verre et d'acier qui traverse en quelques secondes les entrailles de la montagne (accès par la Schlossbergplatz). Napoléon a eu raison des fortifications imprenables du Schlossberg grâce à un traité qui en exigeait le démantèlement. Heureusement, les habitants ont sauvé, au prix d'une rançon exorbitante, la vieille tour de l'Horloge - l'emblème de la ville - et la tour de la Cloche. Toute la ville aux toits de tuiles rouges s'étend à nos pieds, coupée en deux par le défilé de la rivière Mur qui file à la vitesse d'un torrent alpin. Avec ses jardins fleuris et ses essences méditerranéennes, ses ruines romantiques et ses bancs, ses bustes de bronze et de marbre dédiés à d'illustres Autrichiens, ce site est absolument enchanteur. Informations pratiquesPrendre un vol Paris-Vienne puis changer à Vienne pour Graz (40'). Austrian Airlines : www.aua.com
Autre possibilité : louer une voiture de Vienne à Graz (200 km). La Maison de l'AutricheBP 475, 75366 Paris Cedex 08. Tél. : 01 53 83 95 20 www.austria-tourism.com/fr/Office de tourisme de GrazHerrengasse 16, A-8010. Tél. : (0043) 316/8075-0 www.graztourismus.at/Graz, capitale européenne de la culture en 2003www.graz03.at |