| | | Heidelberg, pèlerinage romantique Par George RouzeauCompter une bonne journée. Heidelberg est à 5h30 de route de Paris. Le château, une ruine sublime Admirablement situé à flanc de colline en balcon au-dessus du Neckar et regardant vers la plaine du Rhin, le château de Heidelberg est un ensemble d'édifices composites construits du 14e s. au début du 17e s. C'est en 1689 que les troupes françaises détruisent la ville lors de la guerre de succession du Palatinat avant de faire sauter le château en 1693 qui restera à l'état de ruine.
©DRCe qui domine surtout, ce sont les parties du 16e s (aile de Frédéric, aile de la salle des Glaces et aile d'Otton-Henri) qui offrent de parfaits exemples de la transition typiquement germanique du flamboyant au baroque à travers la Renaissance. L'aile Frédéric (construite par Frédéric V) retient l'attention avec ses deux pignons richement festonnés et ses innombrables statues (des copies) des ancêtres de la famille Witettelsbach (Charlemagne, troisième niveau à gauche ; Frédéric V en bas à droite). Si la façade respecte encore les trois ordres antiques redécouverts à la Renaissance, elle témoigne déjà d'un fléchissement vers le baroque avec son jeu de pilastres et de corniches. Contiguë à elle, l'aile de la salle des Glaces, construite en 1546 par Frédéric II, montre un étagement de galeries terriblement italien. Elle contenait jadis une collection de miroirs vénitiens disparue dans un incendie en 1764. À côté d'elle, l'aile d'Otton-Henri, édifiée par l'un des souverains les plus éclairés de la Renaissance, est un véritable chef-d'oeuvre de finesse.
Empruntez le passage pour gagner la Grande terrasse (ou Altan) qui surplombe toute la ville et le cours du Neckar qui gagne au fond la plaine du Rhin.  Vue sur le Vieux Pont Karl-Theodor et le château depuis la rive droite du Neckar. © G. Rouzeau / ViaMichelinEmpruntez le passage pour gagner la Grande terrasse (ou Altan) qui surplombe toute la ville et le cours du Neckar qui gagne au fond la plaine du Rhin. Surtout, ne quittez pas le château sans avoir découvert le jardin du Palatinat (Hortus Palatinus), oeuvre de Frédéric V qui fit appel à Salomon de Caus pour embellir les abords du château. Ils ont subi d'innombrables vicissitudes mais on les découvre tels que Goethe (buste et banc dédiés au poète) les aima, plantés de nombreuses essences exotiques. Au fond, face à la grande grotte, une représentation symbolique du Rhin en noble vieillard flotte sur son bassin de rocailles. Des jardins, un chemin qui descend à flanc de coteau parmi les pâturages et les moutons permet de tomber directement dans la Karlstrasse puis dans la Karlsplatz et de commencer la visite de la ville.  Le château en ruine d'Heidelberg est l'emblème du romantisme allemand. © G. Rouzeau / ViaMichelinLa vieille villeSur cette place, deux coups d'oeil : l'un au Palais Grand-Ducal (Großherzogliches Palais), bâti en 1717 et qui servit de résidence aux Grands-ducs de Bade à partir de 1805. Il abrite aujourd'hui l'Académie des Sciences. Sur sa gauche, un belle maison bourgeoise Mittermaier, typique de l'habitat du 18e s. En face, un ancien palais baroque « re-classicisé » ultérieurement, le Palais des frères Boisserée où deux collectionneurs rassemblèrent la plus grande collection de Romantiques allemands (désormais à Munich). À droite, deux tavernes historiques d'étudiants, le Seppl et le Roter Ochsen.
En revenant sur nos pas, la place du marché aux grains (KornMarkt), l'une des plus anciennes de la ville ornée d'une statue de la vierge de Peter van den Brandens. Elle offre une vue sur le chevet de l'église du St-Esprit (Heiliggeistkirche) où l'on pénètre pour admirer un bel exemple d'architecture gothique tardive et les tombeaux de Ruprecht Ier et de son épouse Elisabeth de Hohenzollern, seules pierres tombales ayant survécu aux destructions françaises de 1693. Au sommet de la tour, superbe panorama sur l'enchevêtrement de toits et de ruelles de la vieille ville, le Neckar, son vieux pont et sur sa rive droite, le Heiligenberg.
De retour sur le plancher des vaches de la Marktplazt, admirez la seule maison authentiquement Renaissance de la ville, la maison du Chevalier (ou Maison Ritter transformée aujourd'hui en hôtel). Construite pour le huguenot Charles Bélier en 1592, elle témoigne de la splendeur d'Heidelberg avant les campagnes de 1689-1693. Sur cette place, où se tient un marché deux fois par semaine, les cafés ne manquent pas.
La Haupstrasse mène tout naturellement à l'Université, créée en 1386 par Ruprecht 1er - c'est la troisième du Saint Empire après celle de Prague et de Vienne. Ce gros bâtiment baroque rouge et rehaussé d'ors date du 18e s. Cette université, qui accueille aujourd'hui 30 000 étudiants, a donné au monde plus de 12 prix Nobels, des centaines de physiciens et mathématiciens. Y ont étudié ou enseigné Robert Schumann, Gadamer, Brentano, Mandelstam, Hegel, Arendt, Heidegger, Max Weber, Habermas, parmi d'autres. Contournez le bâtiment par la droite ; dans la première rue à gauche, Augustinergasse, vous pourrez visiter le cachot des étudiants (Studentenkarzer). En fonction de 1712 à 1914, cette cellule isolait les potaches accusés de bagarre ou d'ivresse. Graffitis, inscriptions, silhouettes noircies à la suie signifient bien toute la gloire que les étudiants tiraient de leur séjour en ce lieu.
La Schullgasse nous mène à l'église des Jésuites (Jesuitentkirche), bâtie au 18e s. sur des plans de l'architecte natif d'Heidelberg, J.A. Breunig et qui s'inspire de l'église du Gesu à Rome. La façade, dont les proportions impressionnantes s'apprécient mieux de l'autre côté du Neckar, est l'oeuvre de l'architecte de la cour palatine F.W. Rabaliatti.
Redescendez dans la Haupstrasse, la grande artère commerçante, pour visiter au n°97 le musée du Palatinat électoral (Kurpfälzisches Museum) qui abrite un moulage de la mâchoire de l'homme préhistorique de Heidelberg (600 000 ans av. J.-C.) retrouvée sur la rive droite du Neckar, au sommet du Heiligenberg. Elle atteste de la plus ancienne présence humaine en Europe. Ne manquez pas d'admirer un chef d'oeuvre du sculpteur Tilman Riemenschneider, le retable des Douze apôtres (1509).
En remontant la Haupstrasse, prenez la 4ème rue sur votre gauche, elle descend directement vers le Vieux Pont (Karl-Theodor-Brücke) gardé par un portail néo-classique en grès rouge flanqué de deux tourelles blanches. Sitôt le pont franchi se dresse la statue de Karl Theodor qui le fit construire en 1793 ; tout le long du pont, belles vues sur l'ensemble du site de la vieille ville et de son château.
Le meilleur est encore à venir, franchissez le pont, flânez sur les pelouses en bordure du Neckar au milieu d'étudiants du monde entier qui font leur footing ou devisent gaiement une bière à la main. Quand le soleil est suffisamment bas, il est temps de monter au chemin des Philosophes (Philosophen Weg) en traversant la rue et prenant le petit chemin qui serpente entre deux murs de maisons. Là, sur le flanc du Heiligenberg, sur les pas même de Hölderlin dont c'était la promenade préférée, plusieurs belvédères permettent de contempler le château dont le grès rouge d'Odenwald s'embrase sous les feux du couchant dans son écrin de verdure vert sombre.
À la nuit tombée, les plus courageux d'entre vous, après un verre dans la Unteregasse (la plus sympathique des rues animées), pourront remonter errer dans les jardins où les ruines du château, sous une lune forcément romantique, se parent de toutes les couleurs du songe. | | | |